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Entretien avec Elric Delord

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Peux-tu te présenter ? Elric par Elric

J’ai 38 ans et j’entraîne depuis une vingtaine d’années. En parallèle j’ai fait des études en informatique. Je suis marié et j’ai un petit garçon de 4 ans.

Tu as un prénom assez peu usité, sais-tu d’où il vient ?

Oui. J’ai longtemps cru que c’était ma mère qui l’avait trouvé, mais a priori c’est mon père, dans un livre de prénoms. C’est un prénom d’origine scandinave… et ça n’a rien à voir avec un personnage très connu de la littérature fantastique.

Pourquoi avoir choisi de venir au MSB ?

Je sortais de ma sixième saison à l’ASVEL et six ans dans un club comme l’ASVEL c’est beaucoup. J’avais envie de découvrir autre chose. J’ai longuement discuté avec Dounia qui venait d’être nommé coach principal au MSB, et avec qui j’ai fait la même promo pour le diplôme DES. C’est ce qui m’a décidé à venir ici.

Quel joueur de basket étais-tu ?

Je n’ai joué qu’à de "petits niveaux". J’étais un joueur qui avait besoin de comprendre le jeu, de comprendre ce qu’on nous demandait de faire. J’ai eu la chance d’avoir un coach, Marc Durand, qui justement expliquait très bien, avec qui tout était très clair. D’ailleurs, depuis, il est devenu CTF (Conseiller Technique Fédéral) au Comité de la Dordogne. Je n’étais pas toujours un joueur facile à gérer quand j’étais jeune, car un peu indiscipliné, mais j’ai beaucoup aimé jouer pour lui.

Qu’est-ce qui t’a amené au basket ?

J’ai toujours aimé le basket, même si j’ai commencé par le football. De 6 à 11 ans je jouais à l’AS Saint-Seurin-sur-l’Isle, qui était en deuxième division à l’époque. En parallèle je jouais aussi au basket, même si le foot me prenait énormément de temps. Le club a fini par déposer le bilan et a fusionné avec le FC Libourne. Mais du coup, cela était trop éloigné de mon domicile. Comme il y avait un club de basket pas loin, je me suis dit que ça serait pas mal de passer au basket ? Ce qui fait que je suis arrivé au basket vraiment par intérêt du jeu et pas par des amis, comme c’est souvent le cas. Mais je me suis fait des rapidement des amis avec qui je suis toujours en contact.

Tu t’es tourné très jeune vers le coaching, pourquoi ?

C’est quelque chose qui m’a toujours intéressé. Je crois que c’est vers 15 ans que je me suis dit que je voulais coacher, entraîner des joueurs. Je n’avais aucun avenir comme joueur, peut-être que ça aurait été différent sinon, mais le coaching m’a toujours intéressé. La compréhension du jeu, mais aussi le côté managérial, comment faire progresser les joueurs, comprendre l’autre… Je crois que ce qui me plaît le plus dans ce métier, au-delà de comprendre, c’est d’apprendre, parce qu’il y a énormément de choses à savoir et sur un large éventail de connaissances : l’interaction avec les autres, le management, la compréhension tactique, les moyens pour faire progresser les joueurs, l’échange… L’échange est très important parce que je pense qu’il est essentiel qu’il y ait un retour des joueurs vers le coach. La préparation physique m’intéresse aussi, j’ai d’ailleurs suivi une formation dans de domaine même si je n’ai pas passé de diplôme. Le côté psychologique également.

Comment as-tu vécu la saison de l’intérieur ?

Pour être honnête, je n’ai pas vraiment encore eu le temps d’y penser parce que tout est allé très vite. Je pense que je l’ai gérée plutôt sereinement. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est l’enchaînement des entraînements, le partage avec mon staff. Le plus frustrant, même si c’est normal quand tu arrives alors que la saison est lancée, c’était de devoir gérer match par match, sans pouvoir anticiper ou planifier des choses.

En ce moment, comment fait-on pour continuer à coacher ?

Je pense que c’est compliqué pour tout le monde. Ma femme travaille en réanimation Covid+, donc forcément j’ai une vision en peu différente. Même si les journaux en parlent beaucoup, j’ai pleinement conscience des difficultés que rencontrent les hôpitaux, et de la nécessité de faire attention à respecter le confinement et les mesures de précaution. Pour moi le côté sportif passe vraiment au second plan face à la pandémie. Maintenant, pour te répondre, les joueurs sont confinés chez eux et pour un sportif professionnel c’est encore plus compliqué d’être en inactivité complète que pour un individu lambda. Je prends des nouvelles régulièrement des joueurs et de leurs familles, parce que leur bien-être est important pour moi. Je m’assure aussi qu’ils puissent faire des exercices. Notre préparateur physique, Alexandre Bertrand, leur envoie des exercices tous les jours. Dernièrement je leur ai envoyé des vidéos de nos matchs pour qu’ils puissent se regarder. Ensuite je leur envoie un questionnaire pour avoir leur retour par rapport à eux-mêmes, pour continuer à les impliquer dans le basket, qu’ils restent concentrés sur le basket, et dans le même temps cela permet de garder un contact entre nous.

Qu’est-ce que tu penses qu’il faudrait faire pour cette saison ?

Je n’ai pas les compétences pour décider de ce qu’il conviendrait de faire. Je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que la santé est prioritaire. Le Président de la République a annoncé un confinement jusqu’au 11 mai et que l’espace Schengen était fermé jusqu’à nouvel ordre… Tout cela fait que l’on aura de toutes façons peut-être pas vraiment le choix sur l’avenir de cette saison. Tant que l’espace Schengen reste fermé cela veut dire que les joueurs américains ne peuvent pas revenir. Ça et d’autres choses font que je pense que l’on n’a pas vraiment le pouvoir de décider quelque chose actuellement. Je pense d’ailleurs que c’est le plus frustrant en ce moment : l’impossibilité de pouvoir se projeter.

Tu as personnellement connu un souci médical grave qui t’a obligé à t’arrêter pendant une période à l’ASVEL, ça doit aussi te donner une vision particulière ?

Ça donne effectivement une perspective. On a tous conscience que notre vie peut s’arrêter, mais quand tu y es réellement confronté… ce n’est pas pareil. Ça t’oblige à prendre du recul sur les choses : ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Ça t’oblige aussi à relativiser les succès comme les échecs et à profiter de ce dont on peut profiter. On se dit toujours que l’on fera quelque chose plus tard : le mois prochain ou l’année prochaine. Mais, en fait, on est purement dans l’hypothétique. On peut reporter quelque chose, alors qu’on avait tout pour s’épanouir dès à présent. De même, lorsque l’on réussit quelque chose c’est bien, mais ce n’est souvent pas si important que ça. Pour donner une image vis-à-vis de l’actualité, gagner un match c’est bien, mais on n’a pas découvert le vaccin contre le Covid non plus. Il faut relativiser les succès comme les échecs.

Cette vision des choses explique que tu sois resté si calme et serein alors que tu as commencé par une série de victoires à la tête de l’équipe ?

Je ne crois pas que tu puisses tout le temps gagner, donc même si tu fais une belle série tu auras un coup de moins bien. Regarde l’ASVEL cette année : ils ont enchaîné les victoires au début, puis ils ont eu leur passage à vide aussi dans lequel ils ont enchaîné les défaites. Bien sûr, comme ils ont une armada à disposition la série n’a pas été trop longue, mais ils ont connu un passage où soit ils perdaient le match soit ils avaient de grosses difficultés pour le gagner. Donc, au-delà d’une série ponctuelle, ce qui compte c’est la régularité. Toute la saison tu connaîtras des hauts et des bas, et c’est vrai pour tous les clubs. Si tu regardes les précédentes saisons, cela se vérifie pour toutes les équipes. C’est pour ça qu’il faut relativiser. Je pense que ça ne nous change pas de gagner ou de perdre. Ce qui est important c’est que tu fasses le maximum de ce que tu peux faire pour gagner. Si tu as fait tout ce que tu pouvais et qu’en face c’est plus fort : OK. C’est pareil lorsque tu gagnes d’ailleurs. Limite, je rêverais de voir mon équipe gagner et les joueurs faire la gueule parce qu’ils trouvent qu’ils n’ont pas bien joué. Je rêverais d’une équipe qui soit capable de se dire si elle a tout donné ou pas sans tenir compte du résultat. Après, je sais qu’on est jugé sur les résultats, mais je pense que le plus important est d’atteindre son maximum. D’ailleurs, si on joue au maximum de ce que l’on peut, on a de grandes chances de gagner plus de matchs que d’en perdre. C’est pour ça que je pense qu’il ne faut pas changer ta manière de faire en fonction des résultats, si tu as le sentiment que tu progresses. Ça peut paraître une vision romantique des choses, la recherche du beau jeu au-delà des résultats… mais pas du tout ! L’objectif est toujours le même : gagner, gagner et encore gagner. Simplement je pense que tu y arriveras de manière plus pérenne en cherchant à optimiser ton équipe qu’en cherchant juste à gagner un match de plus.

Le club vient d’annoncer que tu avais prolongé ton contrat.

C’était décidé depuis quelque temps, on devait l’annoncer… et puis le Coronavirus est arrivé ce qui fait que l’on a reporté l’annonce. Je suis donc très content de pouvoir continuer mon aventure ici.

Tu vas donc pouvoir penser, en plus d’éventuellement finir cette saison, à préparer la prochaine, même si dans les circonstances actuelles ce ne doit pas être facile.

Effectivement c’est compliqué. Mais cela n’empêche pas d’y réfléchir, ne serait-ce que sur la construction de l’équipe, sur le style de jeu que l’on souhaite mettre en place et donc quels types de joueurs il faut, le tout en intégrant les spécificités de notre championnat. Ensuite, il y a les contraintes budgétaires et les contraintes de passeports pour composer l’équipe.

Et les "contraintes" des joueurs sous contrat.

Je ne vois pas ça comme une contrainte, ou alors comme une contrainte positive. Je sais que je ne pars pas d’une feuille blanche, et j’apprécie cela car j’aime bien travailler dans la continuité. Je ne pense pas que changer d’équipe tous les ans soit la meilleure chose à faire. Parfois on n’a pas le choix mais, là, j’aurai la chance d’avoir plusieurs joueurs sous contrat ; c’est très bien.

Quelle est ta principale qualité ?

La rigueur. J’aurais pu dire la discipline, mais ce n’est pas toujours le cas.

Et ton plus gros défaut ?

J’ai tendance à trop réfléchir sur les choses parfois. À vouloir peser le pour et le contre et à vouloir envisager toutes les possibilités. Ça ne me gêne pas trop au niveau du coaching lors des matchs parce que j’ai passé la semaine à envisager toutes les possibilités et donc à avoir un plan A, B, C, D, E, F, etc. ça me permet de me concentrer sur les choses qui arrivent dans le match et qui n’avaient malgré tout pas été prévues.

Si tu pouvais changer quelque chose chez toi ?

Rien. J’ai mes qualités et mes défauts, mais c’est ce qui me définit. Je ne vis pas dans le regret ou dans le remords.

Tu aimes faire quoi de ton temps libre ?

J’essaye de passer du temps avec ma femme et mon fils, surtout parce que je n’ai pas souvent le temps. Sinon j’aime bien lire mais principalement des biographies. J’ai lu plusieurs biographies de Guardiola et d’autres coachs. Je lis aussi beaucoup de livres sur le management. C’est vrai que mes lectures sont très en lien avec mon métier en fait. Sinon, pour vraiment penser à autre chose, je regarde des séries et des films.

J’allais te demander ton livre préféré… une biographie ?

Oui, une sur Guardiola, sur ces expériences au Barça et au Bayern.

Ton film préféré ou un genre de film préféré ?

Les films à suspense, les thrillers.

Si tu pouvais avoir un superpouvoir, ce serait quoi ?

Voler, je pense. Pour le sentiment de liberté.

Si tu étais un animal, ou quel est ton animal préféré ?

Un loup. Dans Game of Thrones, probablement ma série préférée, il y a une citation de Ned Stark qui revient souvent et que j’aime beaucoup : « When the snows fall and the white winds blow, the lone wolf dies but the pack survives » (Lorsque la neige tombe et que le vent froid souffle, le loup solitaire meurt mais la meute survit, ndlr).

Ton plat préféré ?

Les pâtes à la carbonara.

Si tu pouvais discuter avec la personne de ton choix, vivante ou morte, qui choisirais-tu ?

(Sans hésiter) Nelson Mandela. J’aimerais pouvoir lui demander comment il a pu sortir de prison après avoir été injustement emprisonné pendant 27 ans et ne pas être rongé par la rancune et la haine.

Une équipe de basket préférée, et tu ne peux pas dire Le Mans ?

Non, je n’ai pas d’affectif avec un club, c’est plus le coach et l’identité de jeu qui m’intéresse. En foot j’ai été fan de Barcelone avec Guardiola, puis du Bayern avec Guardiola et maintenant de Manchester City… avec Guardiola.

Est-ce que tu as un message pour les fans du MSB ?

J’espère que l’on se reverra bientôt. En attendant, je leur souhaite de tenir bon et de rester chez eux et d’appliquer les gestes barrière. C’est avec impatience que j’attends de les retrouver.

Interview réalisée par Cyril METEYER/MSB.FR

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