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À la rencontre de Jonathan Tabu

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Peux-tu te présenter ? Jonathan par Jonathan

Je m’appelle Jonathan Tabu (prononcer Tabou, ndlr), j’ai 33 ans et je suis Belge. J’ai pas mal voyagé en Europe, ça fait 14 ans que je suis professionnel. Je suis donc là dans ma quinzième année, au Mans en Jeep ELITE, et je joue au poste de meneur de jeu, voire arrière s’il y a besoin.

Tu es Belge mais surtout international belge. Qu’est ce que ça représente pour toi ?

Je suis effectivement international belge depuis que j’ai 20 ans. La Belgique j’y suis arrivé à l’âge de 5 ans. C’est là que j’ai appris à jouer au basket, c’est là où j’ai mes amis, c’est là d’où vient ma femme… J’ai tout appris en Belgique. Donc pour moi faire partie des meilleurs joueurs belges, c’est quelque chose d’important. D’une certaine manière, c’est une sorte d’accomplissement de pouvoir dire que je fais partie de l’équipe nationale belge.

D’ailleurs, comme tu l’as dit, tu n’es pas né en Belgique mais à Kinshasa (République Démocratique du Congo), pourquoi es-tu parti en Belgique ?

À l’époque, il y avait beaucoup de troubles au Congo. Mes parents connaissaient déjà du monde en Belgique, on y avait déjà de la famille et mon père y avait déjà étudié. Ma mère aussi connaissais déjà la Belgique. Donc c’était un choix logique, même si on n’y est pas arrivé directement. On est d’abord passé par la France, où on est resté un petit moment chez ma tante qui habitait du côté de Valenciennes.

 

Le Congo, ça représente quelque chose pour toi ?

Bien sûr. Le Congo ça reste le pays où je suis né, il reste très présent dans mon cœur. Je compte bien y emmener un jour ma femme et mes enfants pour leur montrer d’où je viens. La Belgique c’est le pays qui m’a accueilli, mais le Congo c’est ma mère patrie.

Tu y retournes souvent ?

J’y suis retourné il y a quelques années pour le camp basket d’un ami, dans l’est du Congo, du côté de Goma, près de la frontière avec le Rwanda. En revanche, je ne suis pas retourné à Kinshasa, parce que ça reste assez instable là-bas et puis, surtout, par manque de temps avec l’équipe nationale qui m’a pris chaque été, et après il faut déjà préparer la saison suivante en club.

Justement, au niveau club, pourquoi avoir choisi le MSB ?

C’était d’abord une opportunité de jouer dans le championnat français dans lequel je n’avais jamais évolué. J’avais déjà eu des propositions en France, mais à l’époque j’avais aussi des opportunités en Italie ou en Espagne. J’étais aussi à la recherche d’un club capable de jouer les premiers rôles dans ce championnat. Alors, quand Le Mans est arrivé : les champions de France, qui jouent en plus la Champions League… c’est quelque chose que je ne pouvais pas refuser.

Pour le moment, tu es satisfait ?

Dans une saison il y a toujours des hauts et des bas. Pour l’instant je suis un peu déçu de la manière dont l’équipe évolue. Je suis aussi déçu par rapport à ce que moi j’aurais pu apporter à l’équipe, parce que je n’ai pas été constant dans mes performances. Il y a plein de choses qui peuvent expliquer cela : je suis arrivé en cours de saison, j’ai été blessé, on a dû intégrer de nouveaux joueurs… Pour autant, est-ce que je regrette mon choix ? Non. Déjà parce que ça ne correspond pas à ma nature. J’ai fait un choix et donc je suis là pour m’impliquer jusqu’au bout. Quand je signe dans un club c’est pour m’y investir, pour que l’équipe ait les meilleurs résultats possibles. En plus, je pense que cette équipe à largement le potentiel pour se qualifier pour les Playoffs. On a vu en Coupe d’Europe que, bien que nous ayons été mal embarqués, on a réussi à se qualifier pour le deuxième tour. D’abord se qualifier pour les Playoffs, sans oublier la finale de la Coupe de France, et après essayer d’aller le plus loin possible.



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Qu’est-ce qui explique pour toi l’écart entre les performances à domicile et à l’extérieur ?

C’est vrai qu’on a deux visages cette saison : un à l’extérieur et un à domicile. À domicile on a perdu récemment contre Nanterre mais avant ça, seuls Strasbourg et Limoges étaient venus s’imposer. On a battu l’ASVEL, Monaco, Dijon… tout ça pour dire que, à l’extérieur, on n’arrive pas être assez disciplinés dans notre jeu, on n’arrive pas à trouver les ressources qu’on a à domicile. Parfois j’ai l’impression que l’on perd de vue notre objectif. On fait les mêmes erreurs à domicile qu’à l’extérieur, mais à l’extérieur on n’arrive pas à revenir après. Pourquoi on est comme ça ? (il soupire) Il y a plein de facteurs possibles… la manière d’aborder les matchs qui n’est pas bonne, la performance individuelle qui est moins bonne, les repères qui sont différents… en tous cas, une chose qui est sûre c’est qu’il va falloir changer ça si on veut aller le plus loin possible.

Ne serait-ce que pour la finale de la Coupe de France, parce qu’elle ne se jouera pas à domicile…

Non, mais là ça va, les autres non plus ne jouent pas à domicile ! (rires) En tous cas, j’espère que nos supporters viendront nombreux pour nous soutenir.

Dans ta déjà riche carrière, quel est ton meilleur souvenir ?

Ouh j’en ai beaucoup ! D’abord en Belgique, quand j’ai commencé à jouer, alors que j’avais à peine 18 ans, dans un club comme Charleroi qui était considéré comme l’ogre de la Belgique à l’époque, et qui avait même une certaine aura en Europe ! C’est un club qui disputait régulièrement l’ULEB Cup voire même l’Euroleague. Faire ses débuts et avoir du temps de jeu dans un tel club, c’était déjà quelque chose ! Après forcément, il y a les titres gagnés avec cette équipe. Après, à l’étranger, ma première année en Italie est assez incroyable : on joue la finale de la Coupe et du championnat, on arrive à prendre un match en finale à Sienne, qui n’avait plus perdu un match en finale depuis des années, c’était leur cinquième titre de champion d’affilée ! Même si ce ne sont pas des titres, on se dit qu’on a quand-même fait quelque chose. Enfin, il y a la victoire en Supercoupe – l’équivalent du trophée des champions qui n’existe plus en France - deux ans après, toujours contre Sienne. L’Euroleague, pour laquelle on s’était qualifié en battant Le Mans une année d’ailleurs, avec des matchs contre le Real de Madrid, Barcelone… Je n’ai pas un seul moment en particulier mais plein de petits moments. J’oubliais Saragosse aussi où, même si on n’a pas fait une énorme saison, j’ai des très bons souvenirs : une victoire contre Barcelone alors que l’on a plein de blessés et une autre en Euroleague, au Maccabi Tel-Aviv en les limitant à moins de 70 points ! Historique ! Voilà, j’ai plein de souvenirs comme ça que je retiens, pas un en particulier.

Et aucun avec l’équipe nationale belge ?

Houlà ! Là aussi ! C’est vrai que je ne pensais qu’aux clubs, mais la qualification pour le championnat d’Europe de notre équipe nationale ce qui n’était plus arrivé depuis… très longtemps. Ça aussi c’était un moment incroyable. Même si ce qui était énervant c’est qu’on s’était battu pour terminer premier du groupe. C’était une formule de qualification avec des groupes de 6 ou 7 équipes et il devait y avoir 16 équipes qualifiées, seulement le premier de chaque groupe. Et, alors que l’on s’est battu pour gagner le dernier match pour terminer premier contre le Pologne de Marcin Gortat et Maciej Lampe, la FIBA décide de changer la méthode de qualification ! On passe à 24 qualifiés. Mais, nous, on s’était dit on l’a fait nous-même. La petite Belgique s’est qualifiée sans coup de pouce de la FIBA. Après il y a aussi la fameuse année où on se qualifie en huitième contre la Grèce à Lille en aillant battu la Lituanie de Jonas Valančiūnas et Donatas Motiejūnas en poule. Des matchs contre la France aussi. Des matchs contre Tony Parker qui était alors champion NBA. L’équipe nationale belge ce n’est pas seulement le fait de porter le maillot, c’est aussi un groupe et un état d’esprit. On n’est pas les plus forts par le talent, mais on a une combativité que les autres n’ont pas. Quand tu joues contre la Belgique, tu sais que tu rencontres une équipe qui va être là pendant 40 minutes, qui ne va rien lâcher. Ça fait 20 ans que je suis international et je peux dire avec fierté que je fais partie de cette image de l’équipe nationale belge.

D’ailleurs en parlant de la Belgique, qu’est-ce que tu penses de la bisbille entre Flamands et Wallons ?

(Il soupire) Je trouve ça dommage. C’est un souci qui dure depuis longtemps et qui est essentiellement économique. La majeure partie de l’économie est générée par le nord du pays, les Flamands, mais ce qu’ils oublient c’est qu’avant c’était l’inverse ! C’est vraiment dommage, parce que La Belgique, c’est un petit pays mais c’est un beau pays et on y vit plutôt bien. Pour avoir vu quelques pays, je crois qu’on ne se rend pas compte de la chance que l’on a. Ailleurs il y a souvent plus de gens qui ont du mal à joindre les deux bouts. Alors ce genre de petit problème alors que l’on vit très bien en Belgique… les phrases que j’ai pu entendre comme « c’est nous les meilleurs », « c’est nous qui vous donnons à manger »… je trouve ça vraiment bête. Et c’est une chance que dans le sport on ne retrouve pas ça, que l’on soit Flamand ou Wallon on est Belge !



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Pour revenir dans le sport, est-ce que tu as un pire souvenir ?

J’en ai plusieurs aussi, et en général ce sont des blessures. La première c’est à 21 ans, quand je jouais à Charleroi et que je commençais à vraiment m’affirmer, à devenir le meneur titulaire et paf ! Les croisés. Saison terminée, huit mois d’arrêt. Là, j’ai vraiment eu un moment de doute. Je me suis demandé si j’allais pouvoir revenir… c’est là que j’ai réalisé qu’on est un peu comme une voiture de course. Si on a une panne on va essayer de nous réparer, mais si on n’y arrive pas et bien le club va simplement prendre une autre voiture. Quelque part, ça m’a fait grandir cette première blessure, comme joueur mais aussi en tant qu’homme. La deuxième c’est quand j’ai signé à Berlin, une équipe estampillée Euroleague. Et là, grosse blessure à l’épaule qui me met sur la touche pour sept mois ! Le club recrute Alex Renfroe pour me remplacer… et il joue terriblement bien et l’équipe aussi. Quand je suis remis j’essaye de revenir mais je n’arrive pas à trouver ma place et finalement je décide de partir à la fin de la saison à Milan où ça ne s’est pas bien passé non plus, j’avais très peu de temps de jeu. J’ai donc dû me résoudre à revoir mes ambitions à la baisse. Quelque part, ma blessure a permis de lancer la carrière de Renfroe qui a fait une excellente saison et enchaîné ensuite dans des gros clubs. Tiens c’est marrant, mais l’entraîneur de l’époque c’est actuellement celui de Monaco : Saša Obradović.

Si tu n’avais pas été joueur de basket, tu aurais fait quoi ?

J’aurais sûrement fait des études de sciences de gestion, d’économie ou de marketing, comme mon père, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Je pense que j’aurais été un monsieur qui met un costume tous les matins pour aller travailler. Mais je me suis rendu compte aussi que j’adore vraiment le basket, je peux regarder des matchs tout le temps, ça me passionne vraiment.

 

Ta principale qualité ?

Ce n’est pas facile comme question, mais je pense que je suis quelqu’un d’assez altruiste. J’aime bien aider les gens, partager mes expériences et mes connaissances. Quelqu’un qui a su rester simple et accessible, en tous cas c’est ce qu’on me dit souvent. Quelqu’un de sympa, quoi !

Et ton plus gros défaut ?

(Il rigole) Je pense que parfois je suis un peu trop confiant, un peu trop sûr de moi. Ça peut même être perçu comme de l’arrogance parfois, j’ai même déjà eu quelques petits problèmes à cause de ça.



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Tu aimes faire quoi de ton temps libre ?

J’aime regarder beaucoup de basket. J’aime aussi passer du temps avec mes enfants, ma famille et mes amis. J’aime bien regarder un bon film aussi. J’aime bien les plaisirs simples en fait : un bon restaurant, des bonnes vacances au bord de la plage et manger un bon poisson grillé.

Ton livre préféré ?

« Les confessions d’un assassin financier » de John Perkins. Ça raconte l’histoire d’un homme qui a été en Afrique faire des affaires et sur comment on peut assujettir un état à des multinationales. C’est vraiment très intéressant.

 

Ton film préféré ?

J’en ai plusieurs : "Fight Club", "Snatch", "American Gangster", "Shutter Island", "Usual Suspect". Dans un genre différent "Fences" avec Denzel Washington ou "Sept vies" avec Will Smith. J’ai beaucoup aimé "He got Game" de Spike Lee aussi.

Si tu étais un animal, ou quel est ton animal préféré ?

Le lion. Ça tombe bien étant Belge, et en plus en jouant au Mans on ne peut pas faire mieux ! (rires) Sinon j’aime bien le tigre aussi.

Ton plat préféré ?

Un plat congolais, le pondu : des feuilles de manioc avec des légumes - courgettes, poivrons, aubergines - avec du riz blanc et surtout de la chèvre grillée, un délice !

Si tu pouvais discuter avec qui tu voulais, vivant ou mort, qui choisirais-tu ?

Ma grand-mère. Je l’ai surtout connue quand j’étais enfant et, maintenant que je suis plus âgé, j’aimerais bien pouvoir parler avec elle, lui demander comment elle a fait pour élever autant d’enfants, comment était la vie à son époque. Sinon, pour quelqu’un de vivant, j’aimerais bien discuter avec Michael Jordan, sur comment il faisait pour arriver à chaque match avec un état d’esprit de gagneur comme le sien, avec ce côté « je vais dominer » encore et encore.

Si tu pouvais avoir un superpouvoir, ce serait quoi ?

Question difficile, surtout que je ne suis pas du tout intéressé par les super-héros. (Il réfléchit) Rendre les gens heureux, je crois. Enfin plutôt pouvoir faire comprendre aux gens qu’ils sont très heureux avec ce qu’ils ont. Parce que, pour moi, on choisit d’être heureux. En tant qu’être humain on est un éternel insatisfait. Si tout le monde était content je pense qu’il n’y aurait plus de haine, plus des gens qui croient en un Dieu et qui tuent les autres parce qu’ils croient en autre chose. Il n’y aurait plus de cupidité non plus, plus de personnes qui s’entretuent pour des diamants, de l’or, etc.

Une équipe de basket préférée, et tu ne peux pas dire Le Mans ?

J’aime bien les Spurs et Golden State. Surtout Golden State parce qu’il y a une vraie identité de jeu. Les gens pensent que l’émergence des Warriors est lié à Stephen Curry, mais en fait ça remonte à avant, lorsqu’ils ont changé de Président et qu’il a décidé de changer la manière de fonctionner, de mettre en place une philosophie de jeu. Il a d’abord pris Mark Jackson comme coach, puis ensuite Steve Kerr pour assurer une continuité. Au niveau de la draft, le choix de Klay Thomson pour l’associer avec Curry et surtout aller chercher au deuxième tour un Draymond Green pour en faire une sorte de leader émotionnel. C’est ce que j’aime bien dans ces deux clubs : une identité basket, avec une continuité au niveau du coaching et des joueurs.

Dans ta carrière, est-ce qu’il y a un joueur qui t’a impressionné ?

Oui, pas en tant que personne ni en termes d’attitude, mais un vrai talent pur, avec des aptitudes physiques et techniques incroyables : Vakeaton Von Wafer. En NBA il n’a jamais percé, mais pourtant il avait tout pour être un nouveau Kobe Bryant. Je l’ai connu en 2011, avec le lock-out il est venu jouer à Cremona durant cette période. Je n’avais jamais vu un joueur pareil. Il ne faisait pas une passe, ça jamais, mais il te mettait des paniers hallucinants. Il faisait des trucs, je me demandais « Mais comment il fait ça ? ». On a joué contre des grosses équipes, Sienne, Milan… et personne n’a jamais réussi à l’arrêter. Mais son problème c’est qu’il était hyper-individualiste. Comme je te disais : pas une passe ! Résultat, on perdait tous nos matchs. Il ne défendait pas trop non plus… Mais qu’est-ce qu’il était fort…

Est-ce que tu as un message pour les fans du MSB ?

De continuer à nous soutenir. C’est vrai qu’après une saison comme celle de l’année dernière avec le titre de champion, on pouvait s’attendre à mieux – même si la saison est loin d’être terminée – et que ce n’est pas facile de rester derrière l’équipe dans ces cas-là. Mais il faut rester derrière le club, le club a besoin d’eux et je pense d’ailleurs que sans eux le club n’existe pas. Ici je suis impressionné en discutant avec des supporters de voir des gens qui supportent l’équipe depuis plus de 20 ans ! Pour moi, ça en dit long sur l’histoire du club et ce qu’il représente. Donc continuez à nous soutenir, à soutenir le club, pour nous pousser vers la victoire !

Interview réalisée par Cyril Meteyer/MSB.FR

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